EXPERIENCE
SPIRITUELLE ET SANTE MENTALE [2]
Ces trois fondements
lui permettent de dépasser la dualité constante du
bien/mal, noir/blanc. Elle rajoute un dernier élément
comme base, c'est l'humour. L'humour pour commencer à prendre
une distance.
Qu'est-ce donc que l'acte de foi ? Une certitude intime qui reste
lorsque tout s'écroule. Si je la fais, je ne suis pas seule à pouvoir la faire
et cette certitude intime est peut-être possible pour d'autres.
Qu'est-ce donc que le divin ? Ce qui vient bousculer les certitudes, l'inattendu,
le pardon soudain, les signes de victoires sur l'absurde.
Qu'est-ce donc le sens de la vie ? Le sens n'est pas linéaire, le sens
n'existe pas une fois pour toutes, il n'existe pas tout seul. Il n'y a pas
un sens, mais des étincelles de sens. Chacun met et fait du sens, pour
lui-même, dans ce qui lui arrive et finalement dans sa vie.
Qu'est-ce donc que l'au-delà ? Avant cette question-là, la tâche
est de vivre, d'être le mieux possible un être vivant. Mais c'est
vrai, qu'à travers son expérience répétée
d'accompagnante des sidéens mourants, elle constate que la mort est
un passage. Quand le souffle repart, le corps qui reste n'est plus le même.
L'être est parti.
Vers quoi ? Evidemment pas de réponse toute prête. Dominique cite
un passage de la bible qui lui est cher à ce propos: Marc, chapitre
16, le dernier chapitre de son évangile. Il s'arrête sur les femmes
qui arrivent au tombeau pour s'occuper du corps. Le tombeau est vide. A l'époque
de Jésus, on laisse le mystère. Ca s'arrête là,
c'est tout. Dominique parle aussi du beau témoignage d'un ami incroyant
au moment de mourir qui lui dit : "Si je croise une cabine téléphonique
en chemin, je te ferai un petit coucou." Il y a une part de mystère à accepter.
Un peu de sagesse et d'humilité à trouver. C'est évidemment
un peu difficile, pour nous occidentaux, confiants dans les progrès
scientifiques qui expliquent tout. Le besoin de contrôler dans notre
société est immense. Cependant, si on accepte une part de mystère,
on peut ainsi accepter de vivre et de donner du sens.
Qu'est-ce donc que la démarche spirituelle ? On commence tous un jour
par poser des pourquoi et des questions existentielles. Ce sont les tentatives
de réponses qui font la démarche spirituelle. Les religions,
ce sont les réponses que l'on a construites dans les différentes
cultures.
Dominique nous parle depuis une heure. Place aux questions. Le détail
des témoignages n'est pas retranscrit.
Lorsqu'on tombe malade de dépression, on perd aussi la capacité à créer
du sens. Or on a vu que la capacité à faire du sens est essentielle
et porteuse de vie. Est-ce qu'on ne devrait pas guérir cette capacité-là ?
On pourrait dire que guérir, c'est retrouver la capacité à donner
du sens et retrouver la capacité de rêver. C'est aussi retrouver
du plaisir à être vivant par de petites choses simples au quotidien.
Lorsque l'humeur monte en hypomanie, la capacité à donner du
sens augmente aussi et devient dangereuse ? Il ne faut effectivement pas non
plus chercher à tout relier, à tout interpréter. Décider à un
moment donné que tout ne fait pas sens, car cela est aussi une manière
de garder le contrôle et le pouvoir sur les évènements.
Dans notre société, où nous sommes coupés de nos
racines, on a envie de relier. Prendre les choses au premier degré, ça
fait aussi du bien.
Les personnes qui vivent un trouble psychique sont souvent proches de l'expérience
spirituelle, pourquoi ? C'est une expérience qui arrive malgré nous à travers
l'énorme bouleversement que constitue en soi le trouble psychique.
Les psychiatres ne sont pas compétents pour traiter les moments qui
suivent la mort et le suicide à l'hôpital. Les patients et les
personnes qui restent ont besoin de poser des actes et de ritualiser la mort
pour faire les étapes de deuil.
Dominique a beaucoup développé des rites à l'occasion
du décès des personnes sidéennes qui n'appartenaient pas à une
religion ou pas aux religions officielles à Genève.
Il manque dans la cité des espaces ouverts, non rattachés à une
religion, pour permettre aux personnes qui poursuivent une expérience
spirituelle de la partager. Dominique nous dit que des espaces de paroles comme
nous les créons avec les associations d'entraide pourraient correspondre à ce
besoin, mais qu'il n'est, à son avis, pas nécessaire d'institutionnaliser
cela.
Une personne qui vit un état dépressif depuis plusieurs années
exprime sa douleur devant ses tentatives infructueuses pour trouver du réconfort à travers
sa foi. Dominique propose de déplacer le questionnement et l'attente.
Une personne raconte comment au fil des hauts et des bas, elle acquiert peu à peu
la confiance intime que son être a les ressources pour faire quelque
chose de tout cela. Des ressources que la conscience n'imagine même pas
et ne comprend toujours pas, mais qui s'imposent comme une évidence à travers
le parcours sinueux des rechutes répétées. Ce n'est plus
un espoir, c'est une certitude.
Une personne raconte l'expérience très forte de sa première
et seule décompensation où elle a expérimenté une
délivrance, une ouverture pour le monde, un sentiment d'amour pour les
autres. Depuis, elle garde le souvenir de cette expérience, comme un
possible qui existe.
Une personne parle de l'attitude profondément humaine et spirituelle
de son compagnon qui n'a pourtant aucune culture religieuse.
Plusieurs témoignages très forts qui mêlent expérience
de vie, difficultés psychiques et questionnement spirituel.
J'étais partie pour mettre au propre mes notes. J'ai dépassé le
quota du petit résumé. Je n'arrivais pas à ne pas le faire.
Merci à Dominique Roulin pour l'intelligence très fine d'elle-même
et des êtres qu'elle a développée. L'expérience
spirituelle ne se met pas en boîte pour une soirée. Les questions
arrivent depuis, les essais de réponses aussi. Peut-être que nous
pourrions organiser au printemps, une soirée No 2 pour partager le cheminement
de notre santé… spirituelle.
Diana Dillmann
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